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Yves Bonnefoy : Une poésie de la nature, une poésie du simple

 

Yves Bonnefoy relève que défi de créer une langue personnelle, moderne, reconnaissable: la méfiance à l’égard du langage, de la métaphysique n’empêche pas un élan volontaire dans la poésie à travers cette image perpétuelle de cette barque dont les planches courbes constituent le fond: la poésie constitue alors un espace hybride. En lisant ces poèmes nous ne sommes plus complètement dans le monde, mais nous ne sommes pas entièrement dans l’esprit. La barque est la fois moyen d’exploration canot de sauvetage, moyen de passage. Par ce véhicule, Bonnefoy veut nous rendre sensible ce qu’autrement nous aurions peut-être négligé, oublié, tu.

Une poésie de la nature

L’observation de la nature fournit à Bonnefoy, un grand nombre de sujet de poèmes : la pluie, le vent, le feu, la neige, les pierres. Le simple titre du recueil Du mouvement et de l’immobilité de Douve, évoque une attention aux choses á même de saisir l’essence d’un lieu. Nous retrouvons ici le thème d’un poète de la présence qui dit son allégeance à « toute chose d’ici, (…) Choses, présences, d’ici, et ces arbres d’abord qui sont si naturellement notre garant sur la terre(1)».

Ce pacte avec le monde est lui aussi énoncé clairement: Bonnefoy cherche des points d’attache, de suture qui permette à son lecteur de retrouver, de se raccrocher. A une langue spécialisée, Bonnefoy semble substituer une langue commune celle des phénomènes naturels (la pluie, les neiges, le feu), des bois et des forêts (avec les couleurs de l’inerte et les bruissements d’insectes de l’aime), des choses de la vie de tous les jours.

« Que je dise: le pain, le vin, (…) et l’on aura tout de suite à l’esprit (…) un certain type de relations essentielles entre les êtres, on va penser à leur solidarité, sous le signe des grands besoins de la vie et de ses grandes contraintes, ce sont là des mots pour la communion, des mots qui font souvenir que la langue n’est pas vouée seulement à décrire des apparences, mais à nous tourner vers autrui pour fonder avec lui un lieu et décider de son sens. L’important avec ces mots, le pain, le vin, ce n’est donc pas seulement qu’ils signifient autre chose (…), mais qu’ils signifient autrement. Et (…) les employer sous ce signe, c’est donc faire apparaître au sein de la langue une liaison structurelle (…): je la dirai symbolique car elle rassemble les êtres au sein d’une unité(2)».

Le pain, le vin : voilà bien des choses simple, c'est-à-dire de l’ordinaire, du quotidien, mais c’est avec ce vocabulaire très simple, très commun que Bonnefoy arrive à signifier autrement.

Qu’est-ce que le simple ?

« Enfin Jean Basilide avait tué le silence (…) C’était un
grand bonheur Et composé des phrases les plus simples,
mais chargées désormais de sens et mêlées aux choses
réelles que Jean ne distinguait plus que par leur nom(3)».

Dans cet extrait de l’Ordalie, le simple est la qualité des paroles idéales, d’une langue presque adamique qui restitue un rapport sans parasite entre les mots et les choses. Voilà le but à atteindre, des mots simple qui ne soient pas des mots superficiels mais, au contraire, chargés de sens. Si l’on consulte son étymologie, on lit que simple est dérivé du latin simplex, qui est composé d’un seul élément. Le simple s’oppose au complexe, composé de plusieurs, au composite. Dans un âge de reproduction et de multiplication effrénée, Bonnefoy impose un rythme plus serein à ses poèmes, en accordant une aussi grande place au singulier: c’est tantôt un flocon, tantôt un arbre, une page, une voix qui attirent notre attention. Le déterminant, souvent à peine remarqué, devient alors un gage d’unicité, d’authenticité.

Pour Michèle Finck dans son livre sur Le Simple et le Sens chez Bonnefoy, on peut associer à Rimbaud «La nuit verte aux neiges éblouies» du «Bateau Ivre» et «la nuit la plus simple» à Bonnefoy. On pour restituer la citation complète «J’entretenais un feu dans la nuit la plus simple(4)». Quel contraste entre les fantasmagories du poète visionnaire et, un siècle plus tard, la modestie de Bonnefoy qui fait irrésistiblement penser à ces moines d’estampes japonaises apportant tout leur soin, solidaire, à la plus simple des tâches. On doit cependant se rappeler que ce chemin de simplicité n’est pas une facilité, la concision, la brièveté appelle un examen infini des rares signifiants que l’on va placer sur la toile. A l’explosion, aux pages de délires, à la loghorrée sans bornes qui pouvait être un défaut du surréalisme, Bonnefoy oppose une calme maîtrise de l’instant, qui chercher toujours à exprimer quelque chose de véritable.

Voyons cette Prière d’insérer, dans Un débris de miroir

(…) et je préfère donc penser à ces débris de miroir qu’on aperçoit quelque fois dans l’herbe et que l’on ramasse, les délivrant de la boue qui y est collée. Pas question d’y accueille des images, la main qui les tient bouge trop, mais la lumière s’y prend, elle en est renvoyée dans des directions imprévues, c’est alors une tache claire que l’on peut faire danser, par jeu et pour un instant sur un visage.

Ici aussi on le délivre un fragment, et ce faisant on isole à plusieurs titres car on fait de ce qui traîner l’objet du regard, de la main, de la poésie à venir qui sera livré au lecteur–, mais on refuse de s’engager dans une complexité spéculaire ou virtuose pour capturer le monde dans un reflet : « Pas questions d’y accueillir des images ». Au contraire, c’est l’instant de jeu, de légèreté qui prime : au lieu de s’absorber, de se mirer dans le miroir, Bonnefoy le fait miroiter. Ce qui passe dans ce geste, c’est la simplicité d’un instant de jeu avec un autre visage, c’est-a-dire une complicité.

On lisait plus haut qu’Yves Bonnefoy admire ce qui dans la parole permettait de «fonder un lieu», on en retrouve l’écho dans ce poème.

«Une pierre(5)

Tout était pauvre, nu, transfigurable,
Nos meubles étaient simples comme des pierres,
Nous aimions que la fente dans le mur
Fût cet épi dont essaimaient des mondes.

Nuées, ce soir,
Les même que toujours, comme la soif,
La même étoffe rouge, dégrafée.
Imagine, passant,
Nos recommencements, nos hâtes, nos confiances ».

Le tout et le rien se côtoient encore une fois : le nu et le transfigurable. Dans ce poème que nous devinons décrire un chez-soi, un lieu de vie ou de travail par la simple accolade de «nos» et «meubles»: sont alors à la fois suggérés un ameublement, une occupation de l’espace et une propriété ou une vie en commun. Au détour d’un mot, au détour de ce mot, ecce homo : voilà l’humain. La pauvreté suggérée est compensée par le tumulte et la chaleur des passions humaines, «Nos recommencements, nos hâtes, nos confiances», comme si tout espace une fois occupé par l’homme n’était plus jamais inanimé, mais au contraire habité par les souvenirs de ceux qui y ont vécus. Le poète retrouve cette trace, peut-être autobiographique et la restitue au lecteur qui en ignorait tout: la mention du «passant» fait penser à ces plaques commémoratives qui attirent l’œil du piéton dans la ville, sauf qu’ici à l’Histoire est substituée une autre histoire tout aussi essentielle, un simple souvenir de la richesse qu’il y a à vivre ici-bas, et précisément là, l’imagination humaine palliant à la difficulté de la vie : «Nous aimions que la fente dans le mur / Fût cet épi dont essaimaient des mondes», est-ce une fissure qui laisse entrevoir l’appartement voisin, la toiture ? On s’en amuse, on s’en passionne, et le verbe aimer confère au souvenir une tendresse toute particulière.

Comme les habitants imaginaient, comme le passant est invité à imaginer nous comprenons que l’être au monde de l’humain est aussi projection: de désir, de fantasmes, de rêves. Par la poésie, cette projection devient inscription.

Comme autant de pierres

Quoi de plus commun qu’une pierre sur le bord de la route. Pourtant Bonnefoy accorde une importante toute particulière à leur surface : la pierre est une et impénétrable, symbole du dépouillement qu’on lisait dans: «Nos meubles étaient simples comme des pierres». Une pierre, sans autre fonction que d’exister semble être la plus élémentaire des choses. Ou l’élément de base d’un système: «Une pierre» est de fait le titre de nombres de poèmes d’Yves Bonnefoy. Un recueil paru en 1965 se nomme «Pierre Ecrite», comme si c’est sur une pierre qu’on écrivait un poème. Comme si le poète reconnaissait la nécessaire pétrification de son écriture, figée sur les pages de la NRF, pour pouvoir la transmettre à ses lecteurs. Comme si chacune de ces pierres poèmes dessinait un chemin à l’échelle d’un petit Poucet.

Si l’on suit le sommaire de l’anthologie publiée à la NRF, on s’en rend bien compte :

Une pierre
Le lieu des morts
Une pierre
Le lieu des morts
Une pierre
Une pierre
Une pierre
Jean et Jeanne
(…)

UN FEU VA DEVANT NOUS

La lumière du soir
La patience, le ciel
Une voix
Une pierre
La lumière changée
Une pierre
Une pierre
Le cœur, l’eau troublée
La parole du soir(6).

Ainsi ces poèmes-pierre sont égrenés au fol des mots, comme des galets dans un ruisseau il y en a une profusion, mais le poète choisis de le goûter un à un dans leu singularité. De même, le lecteur qui se concentre sur un poème oublie la multitude qui l’entoure. Un poème à la fois, une page à la fois: «une chose à la fois» semble nous murmurer ce titrede poème à la fois simple et profond, facile et mystérieux. Là aussi, nous retrouvons les expériences originelles  de l’enfant, indéniable mais inscrutable. Et là encore nous touchons les bornes de l’existence puisque nos vies elles aussi, sont à la toute fin bornée d’un autre type de pierre, tombale cette fois.

Debout sur des planches courbes : la métaphore de la barque

L’allégeance faite au monde par Bonnefoy se doble d’une profession de foi, l’allégeance faite à la poésie:

« O poésie
Je sais qu’on te méprise et te dénie
Qu’on t’estime un théâtre, voire un mensonge,
Qu’on t’accable des fautes du langage,
Qu’on dit mauvaise l’eau que tu apportes
A ceux qui tout de même désirent boire
Et déçus se détournent, vers la mort.
(…)
Mais je sais tout autant qu’il n’est d’autre étoile
A bouger, mystérieusement, auguralement dans le ciel illusioire des
astres fixes,
Que ta barque toujours obscure mais où des ombres se groupent à
l’avant, et même chanten(7)».

La métaphore de la barque permet de nombreuses rêveries sur son sens: elle est celle du navigateur qui touche la côte d’une terre étrangère, celle du naufragé, sa planche de salut au milieu de la tempête, celle du passeur enfin. Ce chant qui se fait entendre contient lui-même son propre écho, si l’on se souvient que cette barque de passage a droit de cité dans nombres d’histoires, de légendes et d’épopées: celle d’Our-Shanabi dans l’Epopée de Gilgamesh permet d’aller au bout du monde chercher le conseil du sage immortel Ut-Napishtime. La barque de Charon mène aux Enfers, même si certains visiteurs imprévus l’empruntent prématurément, Hercules par la violence, Orphée par le chant.

Les passagers dont parle Bonnefoy sont-ils tous les poètes passés et à venir, tous ceux qui tentent la traversé en se lançant le défi d’oser faire des mystères du langage son art ? Elle est un astre en mouvement, et l’on peut voir dans ce mouvement la perpétuelle réinvention du langage et de ses formes dont Bonnefoy est un des derniers avatars.

La barque a le mérite de cumuler toutes les symboliques nécessaires, on peut y être passager ou passeur, Bonnefoy s’y décrit comme rêveur:

« Or dans le même rêve
Je suis couché au plus creux d’une barque
Le front, les yeux contre ses planches courbes(8)».

La barque, véhicule onirique, est alors une allégorie du poème lui-même que nous rencontrerons si nous ouvrons un recueil de Bonnefoy au hasard: lire un poème c’est se situer entre deux eaux, entre le monde et la pensée. Les images semblent défiler d’elles-mêmes pourtant c’est notre œil qui effectue le mouvement : le fil de la lecture ressemble au fil de l’eau.

Plus concrètement, «Les planches courbes » est une périphrase aux airs d’oxymore puisque la plupart de nos planches sont droites, et pourtant elle ne décrit que très fidèlement le bois voûté courbé à l’avant de ces barques de pêcheurs dont nous avons tous l’image. Ce bois subtilement tordu par l’action humaine pour construire une embarcation rappelle lui aussi le métier du poète: le poème est sa construction artificielle, utilisant les mots comme matériaux il se les est appropriés, a raboté, tendu, câblé pour que le texte ainsi constitué puisse nous amener quelque part selon son souhait.

La barque, véhicule onirique, est alors une allégorie du poème lui-même que nous rencontrerons si nous ouvrons un recueil de Bonnefoy au hasard : lire un poème c’est se situer entre deux eaux, entre le monde sensible et la pensée. Les images semblent défiler d’elles-même pourtant c’est notre œil qui effectue le mouvement : le fil de la lecture ressemble au fil de l’eau.

Et par son œuvre, Bonnefoy s’attache à contredire les voix de Cassandre qui jugent la poésie condamnée, ou damnant: parce qu’elle exprime des beautés qui sont aussi des vérités, source d’une autre forme de connaissance.

Sagesse et poésie

LE RAVIN(9)

Il y a qu’une épée était engagée
Dans la masse de pierre.
La garde était rouillée, l’antique fer
Avait rougi le flanc de la pierre grise.
(…)
Des mots étaient gravés dans le sang de la pierre,
Ils disaient ce chemin, connaître puis mourir.
(…)

Nous avons dans notre exposé évoqué la figure de la pierre comme une de ces choses qui sont en toute simplicité et auxquelles le poète s’attache. A travers ce mot commun, ces titres communs ils semblent que le poète décline tour à tour le mystère et la l’évidence de la pierre : est-ce trop s’avancer que de reconnaître dans cet extrait une sorte de référent mythique de toute ces pierres, qui donne matière ce genre de rêverie poétique que Bachelard nous engage à avoir.

Cette épée plantée dans la pierre, image merveilleuse tirée du Cycle Arthurien, image surréaliste quand on y pense car à juste titre rien ne devrait pouvoir se planter dans la pierre, cette Excalibur est le symbole ce que l’on va, à condition d’être élu, pouvoir retirer le fer de la pierre. Prendre la potence au cœur des choses. Seulement Bonnefoy n’en fait plus une promesse d’héroïsme mais de sagesse: connaître c’est faire l’expérience de la vie, de la présence, dans un contact presque charnel si l’on en croit le sens biblique, puis mourir c’est l’échéance inévitable mais sereinement désignée.

Chacune des pierres de Bonnefoy semble renfermer une pareille magie, être un fragment de ce rocher légendaire. Aucune n’est insignifiant, chacune est un signifiant: chacune est une pierre écrite si on se l’approprie et pour citer Nerval: «A la matière même un verbe est attaché».

Ce connaître puis mourir est à la fois une invitation, une promesse et une acceptation.

 

Bibliographie

Bonnefoy, Yves. L’Ordalie. Maeght, 1975.

__________. Poèmes (Du Mouvement et de l’immobilité de Douve, Hier régnant désert, Pierre écrite, Dans le leurre du seuil). Mercure de France, 1978

__________. Entretiens sur la poésie. La Baconnière, 1981.

__________. Les planches courbes. Poésie Gallimard, 2001.

__________. L’Alliance de la poésie et de la musique. Galilée, Collection « Lignes fictives », 2007.

FINCK Michèle. Yves Bonnefoy : Le Simple et le Sens. José Corti, 1989.

____________
1 ’Alliance de la poésie et de la musique. Galilée, Collection « Lignes fictives », 2007. P. 96.
2 Entretiens sur la poésie. La Baconnière, 1981. P. 21.
3 L’Ordalie. Maeght, 1975. P. 5.
4 Hier régnant désert in Poèmes. Mercure de France, 1978. P. 141.
5 Les planches courbes. Poésie Gallimard, 2001. P. 14.
6 Poèmes (Du Mouvement et de l’immobilité de Douve, Hier régnant désert, Pierre écrite, Dans le leurre du seuil). Mercure de France, 1978. P. 345.
7 Les planches courbes. Poésie Gallimard, 2001. P. 79.
8 Ibíd.
9 Poèmes. Mercure de France, 1978. P. 161.
 
 
©Louis-Ferdinand Bats, 2014
 

Louis-Ferdinand Bats (París-Francia, 1979). Doctor en filosofía por la Sorbona. Escribe poemas y artículos sobre cine, música y literatura para diversos fanzines del circuito underground de los barrios parisinos de Grands Boulevards y Ménilmontant. Esta es su primera publicación en internet.

 
 
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